Claude Goudimel

« Le plus doux travail de ma vie guidant mon espérance aux cieux. »

Si Claude Goudimel est aujourd’hui l’un des compositeurs les plus emblématiques de la Réforme au XVIèmesiècle, il n’est pas aisé de déterminer par quel chemin il y est arrivé.

Goudimel est né à Besançon vers 1520, et mort lors de la Saint Barthélémy à Lyon. Associé à partir de 1549 avec l’imprimeur parisien du Chemin, il est le correcteur des chansons polyphoniques profanes éditées dans des recueils dont il est, après Clément Janequin, le contributeur principal. Il fait entrer chez son éditeur des compositeurs (P. Jambe de fer et M.A. Muret) acquis à la Réforme dès 1552 : hasard, ou fait révélateur de sa fréquentation des cercles réformés ?

Son Premier livre de psaumes en forme de motetsparaît en 1551, suivi de sept autres. Il compose sur la traduction de Marot une musique digne des grands motets catholiques, en plusieurs parties à la polyphonie complexe, destinés à des chantres professionnels. Le fait qu’il ait composé sur des psaumes en français n’est pas suffisant pour le proclamer réformé dès 1551, d’autant plus qu’il compose plus tard cinq messes et des motets catholiques. Par ailleurs, les compositeurs protestants ont toujours écrit aussi de la musique catholique (Bach en tête), et certains compositeurs catholiques, de la musique en langue vulgaire. Cependant, la préface de ce premier livre de psaumes témoigne d’une forme de conversion : «  Nous voyons [la musique] aujourd’huy par lascives, sales, et impudiques chansons tant despravée, et desguisée, que maints bons espritz se sont du tout corrompus, et effeminez. Ie ne veux pour cela accuser ceulx qui se sont exercez à composer Mottetz, Psalmes, et cantiques saincts, et fideles : à l’imitation desquelz inspiré d’un bon vouloir, et affection chrestienne, me suis mis en debvoir de publier les louanges du Createur. » Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à publier des chansons « lascives et impudiques » pendant encore quatre années, et de collaborer avec Certon, Janequin et Muret pour le supplément musical aux Amoursde Ronsard (1552). On peut faire l’hypothèse que Muret, compositeur, mais surtout poète et grand latiniste, condamné pour hérésie dès 1553, a contribué à faire découvrir les idées réformées à Goudimel.

Il déménage à Metz en 1557, où il fait partie des cénacles réformés, très actifs dans cette ville. Il est lié, par des parrainages et par les dédicaces de ses œuvres, à des familles protestantes (A. Senneton, L. des Masures). Il développe un genre de musique nouveau : le psaume à quatre voix en contrepoint simple. L’harmonisation est « note contre note » : toutes les voix chantent au même rythme, ce qui rend l’exécution aisée et le texte très intelligible. Goudimel met ainsi en musique l’intégralité du psautier en 1564, construisant sa polyphonie sur les mélodies du tout récent psautier genevois, achevé en 1562. Ils ne sont pas destinés au chant liturgique, mais à l’édification domestique : « Nous avons adjousté au chant des Pseaumes, en ce petit volume, trois parties : non pas pour induire à les chanter en l’Eglise, mais pour s’esjouir en Dieu particulièrement ès maisons. […] »

Les Psaumes en contrepoint fleuri(1668) sont moins conformes à la perspective calviniste : la mélodie du psautier persiste, mais elle est entourée de voix plus densément écrites, susceptibles de masquer le texte. Mais ils sont plus « orthodoxes » que les très beaux Cantiques spirituelsque Goudimel compose avec le poète des Masures, qui est habituellement publié à Genève, mais s’y est vu refuser ces cantiques en musique, trop éloignés psautier. Si ces cantiques mettront longtemps à être diffusés dans les églises suisses, les psautiers harmonisés outrepasseront leur usage domestique dès la fin du XVIIèmesiècle. Le texte a depuis été modernisé, mais la musique chantée dans les paroisses est encore fréquemment celle de Goudimel.

https://www.evangile-et-liberte.net/numero/321/page/2/

Pour citer cet article : Constance Luzzati, “Le plus doux travail de ma vie guidant mon espérance aux cieux”, Évangile et liberté, août-septembre 2018, n°321.

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